S'informer

BCE et Fed : des taux inchangés en mars 2026, ce que le choc pétrolier change pour les investisseurs

Rédigé par Victor Nivet

Cette semaine, les deux grandes banques centrales mondiales ont tenu leurs réunions de politique monétaire. La Fed mercredi, la BCE jeudi. Toutes deux ont maintenu leurs taux inchangés. Pour comprendre pourquoi cette décision compte, il faut d'abord rappeler ce que font ces institutions et pourquoi leurs choix vous concernent.

Le taux directeur : de quoi parle-t-on ?

Une banque centrale fixe le prix auquel les banques commerciales empruntent de l'argent. Ce taux, qu'on appelle taux directeur, se répercute ensuite sur l'ensemble de l'économie : les crédits immobiliers, les prêts aux entreprises, les rendements des placements. Quand une banque centrale baisse ses taux, elle rend le crédit moins cher et stimule l'activité. Quand elle les remonte, elle freine la demande pour contenir l'inflation, à savoir une hausse durable et généralisée des prix.

Les deux grandes banques centrales mondiales ont des objectifs similaires. La Fed américaine vise à la fois la stabilité des prix et le plein-emploi. La BCE européenne se concentre principalement sur l'inflation, avec une cible de 2 % par an.

Statu quo des deux côtés de l'Atlantique

Les 18 et 19 mars 2026, la Fed puis la BCE ont tenu leurs réunions de politique monétaire. La Réserve fédérale américaine maintient ses taux directeurs entre 3,5 % et 3,75 % pour la deuxième réunion consécutive. La BCE maintient de son côté son taux de dépôt à 2 %, pour la sixième réunion d'affilée sans modification. La Banque d'Angleterre et la Banque centrale japonaise ont fait le même choix dans la même semaine.

Ces décisions étaient largement attendues. Ce qui l'était moins, c'est le degré d'incertitude assumé publiquement par les deux institutions. Jerome Powell, président de la Fed, a résumé la situation avec une franchise inhabituelle : personne ne sait vraiment comment la crise énergétique actuelle va se répercuter sur l'économie américaine. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a tenu un discours similaire. La BCE sort officiellement de ce qu'elle appelait depuis plusieurs mois sa "bonne position", une formule qui signifiait que l'inflation était sous contrôle et que les perspectives restaient lisibles. Ses nouvelles projections le confirment : elle anticipe désormais une inflation à 2,6 % en 2026, contre 1,9 % prévu en décembre, et une croissance ramenée à 0,9 %, contre 1,2 % il y a trois mois.

Pourquoi la guerre en Iran change tout

Depuis le 28 février et le début des frappes israélo-américaines contre l'Iran, les marchés de l'énergie ont subi une secousse brutale :

  • Le baril de Brent a dépassé les 110 dollars, contre 65 dollars avant le conflit.
  • Le prix du gaz naturel en Europe a bondi de plus de 60 % depuis le début des frappes.
  • Les marchés financiers européens ont ouvert en baisse le jour de la décision de la BCE.
  • Les anticipations de baisses de taux ont cédé la place à des paris sur des hausses, des deux côtés de l'Atlantique.

Les dégâts sur les infrastructures énergétiques commencent à se mesurer concrètement. Deux terminaux gaziers du site de Ras Laffan, au Qatar, le plus grand gisement gazier au monde, ont été endommagés lors des frappes. Le Qatar estime avoir perdu 17 % de ses capacités d'exportation sur un horizon de trois à cinq ans. Une ancienne analyste de BP a qualifié ce scénario de cauchemardesque.

Ce choc crée un dilemme classique pour les banques centrales, que les économistes appellent un choc stagflationniste. Le mot combine "stagnation" et "inflation" : la hausse des prix de l'énergie pousse l'inflation vers le haut, au moment même où elle freine la croissance en comprimant le pouvoir d'achat des ménages et les marges des entreprises. Les deux effets jouent en sens contraires sur la décision de politique monétaire, ce qui rend le choix particulièrement difficile.

À retenir : les effets de second tour

Les conséquences pour les emprunteurs et les investisseurs

Il y a encore quelques semaines, les marchés anticipaient deux baisses de taux de la Fed en 2026, en juin et en septembre. Ces anticipations ont disparu. Une seule baisse, au mieux en fin d'année, est désormais jugée plausible. Côté BCE, les marchés envisagent aujourd'hui la possibilité d'une à deux hausses de taux d'ici la fin de l'année, à rebours des baisses qu'ils projetaient début février.

Pour les emprunteurs et les investisseurs, cela signifie que l'environnement de taux bas n'est plus le scénario central. Les taux sur les crédits indexés sur la politique monétaire ne baisseront pas dans l'immédiat. La trajectoire future dépendra de l'évolution du conflit et de sa durée.

Attendre pour mieux décider

Les deux institutions ont adopté la même posture : observer, réunion après réunion, avant d'agir. Cette prudence n'est pas de l'inaction. C'est une lecture lucide d'une situation où les données disponibles ne permettent pas encore de tracer une trajectoire fiable. Tout dépendra de l'état des infrastructures énergétiques dans les semaines à venir : si les dégâts sont durables, les prix du pétrole et du gaz pourraient rester élevés bien au-delà de ce que les marchés anticipent aujourd'hui.

Un point de comparaison utile : en mars 2022, au lendemain de l'invasion de l'Ukraine, la Fed qualifiait les implications du conflit de "hautement incertaines". Cette fois, elle parle d'"incertaines", sans l'adverbe. La nuance compte : la situation de départ est différente. En 2022, les taux étaient très bas et les banques centrales injectaient massivement des liquidités dans l'économie, ce qu'on appelle une politique accommodante. Aujourd'hui, les taux sont à un niveau neutre ou légèrement restrictif. Le risque de surchauffe est moins immédiat. L'Europe a également diversifié ses sources d'approvisionnement en gaz depuis 2022, ce qui la rend moins exposée qu'elle ne l'était à une perturbation de l'offre dans une région donnée.

Ce qui reste incertain

Ces décisions ne disent rien sur la trajectoire à six ou douze mois. Les économistes sont divisés. Certains estiment que si le conflit reste bref, les prix de l'énergie reculeront au second semestre et une baisse de taux redeviendra envisageable. D'autres jugent qu'une hausse des taux de la BCE est probable si le choc énergétique persiste.

Ce qui est certain, c'est que l'environnement macroéconomique a changé de nature en quelques semaines. Les décisions d'investissement se prennent aujourd'hui dans un contexte différent de celui du début de l'année.


Les prochaines réunions à suivre
Les prochains rendez-vous monétaires à surveiller, des deux côtés de l'Atlantique.
DateInstitution

29 avril 2026

BCE

6-7 mai 2026

Fed

11 juin 2026

BCE

17-18 juin 2026

FED

Abonnez-vous à la newsletter