Transfert d’actifs, registre digital et smart contracts : la révolution blockchain
Elle fait beaucoup de buzz, mais de quoi parle-t-on vraiment quand on évoque la blockchain ? « La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle » explique Antoine Yeretzian. Quels impacts ce réseau de transaction pair à pair peut-il bien avoir sur le financement participatif ? Notre spécialiste en identifie trois majeurs.
D’abord, le transfert d’actifs. « Avec la blockchain, on peut numériser et rendre liquide les titres souscris par les investisseurs sur les plateformes ». Actions, obligations et autres titres immobiliers seront donc théoriquement échangeables directement sur le réseau.
Par ailleurs, la blockchain fonctionnant comme une base de données distribuée, notre spécialiste y voit également un immense registre digital. « Toutes les informations sur les investisseurs et les porteurs de projets pourraient y être inscrites et seraient ainsi disponibles à tous, librement ». Une mise en réseau sécurisée et transparente qui pourrait bien faciliter les audits.
Enfin, les smart contracts, ou « contrats intelligents ». « Il s’agit d’un transfert de valeurs automatisé fondé sur des conditions mutuellement convenues ». Antoine Yeretzian prend l’exemple d’un particulier qui finance un CD via le crowdfunding : « un smart contract peut être établi pour que ses fonds soient gelés le temps que cette personne reçoive le CD finalisé à son domicile ».
Vers une désintermédiation ultime ?
Face à ses multiples applications sur le secteur du financement participatif, une question se pose : la blockchain ne risque-t-elle pas de rendre obsolètes les plateformes de crowdfunding par une mise en relation directe des investisseurs et des porteurs de projets ? Antoine Yeretzian voit trois limites à cette « désintermédiation ultime ».
En premier lieu, le rôle des plateformes dans l’expérience utilisateur. « Entre la blockchain et le crowdfunding, nous assisterons au même combat qu’entre les labels de musique et les sites de téléchargement illégaux : les grands gagnants seront les « iTunes du financement participatif », qui offriront la meilleur qualité de services à leurs utilisateurs ».
Mais ce n’est pas tout : la blockchain a une autre limite, celle de l’analyse des projets. « Derrière la technologie, des experts seront toujours nécessaires pour évaluer à la fois la qualité des projets et la viabilité des investisseurs ».
Dernière limite au « tout blockchain », l’audit technique. « Ce n’est pas parce que c’est en open-source qu’il n’y a pas de vérifications à effectuer ». Selon Antoine Yeretzian, des experts informatiques devront être engagés pour évaluer le code du projet afin de voir si ce n’est pas un SCAM (une escroquerie). « Cela laissera certainement la place à une nouvelle typologie d’acteurs ».
États et entreprises : tout le monde s’y met
La blockchain est pleine de promesses, mais où en est-elle vraiment, et quels sont ses premiers résultats ? « Je tiens à rappeler que c’est pour l’instant une technologie de laboratoire, dont le premier cas d’usage a été le bitcoin. Si ce dernier a souffert d’une mauvaise presse entravant son développement, on voit désormais d’un bon œil la blockchain, qui a réussi le brillant coup marketing de redorer l’image de la crypto monnaie ». Les premières intéressées sont les entreprises, qui n’hésitent plus à investir massivement dans des programmes d’expérimentation.
Sous l’effet du lobbying des entreprises, les Etats s’y mettent aussi. Pour preuve, l’inscription de la blockchain dans l’ordonnance sur les minibons, prévue par la loi Macron de 2014 sur le financement participatif. Certains vont encore plus loin, comme le Royaume-Uni, où des expérimentations sont déjà en cours pour voir comment les prestations sociales pourraient se servir de la blockchain.
« La loi s’écrira quand il n’y aura plus le choix, c’est-à-dire quand une arnaque sortira au grand jour et qu’il y aura jurisprudence. Une législation sur l’utilisation de cette technologie, en particulier dans le secteur financier, sera alors nécessaire ».
Le mot de la fin ?
« Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la blockchain à long terme. Le cycle de Hype nous confirme que pour toutes les grandes innovations, cinq à dix ans sont nécessaires pour passer du simple effet d’annonce à l’adoption massive. Internet a démocratisé l’information, dans dix ans la blockchain démocratisera les transactions.
Aux acteurs du crowdfunding de tirer la meilleure partie de cette formidable technologie pour proposer le meilleur niveau de service à leurs clients, dans une logique toujours plus automatisée, connectée, sécurisée et transparente ».
