Cette semaine, on ne va pas revenir sur la taxe Zucman. Nous étions au France Digital Day ce mercredi et avons constaté que Gabriel Zucman était venu défendre son idée devant l’écosystème startup français. C’était sport. Mais l’évènement était aussi l’occasion de faire un état des lieux du secteur et d’aborder des sujets de fond… comme celui de la transparence financière, sur lequel notre CEO Elisa s’est exprimée. Un sujet qui était sur le devant de la scène aux États-Unis ces derniers jours après une proposition de Donald Trump qui a fait parler. On vous en parle un peu plus bas. Bonne lecture !
Ça va coûter cher

Ce qui s'est passé cette semaine

📉 La FED enclenche la descente
La Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, a décidé de réduire ses taux directeurs d’un quart de point, pour les fixer entre 4 % et 4,25 %. C’est la première baisse de l’année. Elle intervient alors que l’économie américaine ralentit : les créations d’emplois diminuent, le chômage progresse légèrement, mais l’inflation reste encore trop élevée. Jerome Powell, le président de la Fed, a expliqué qu’il pourrait y avoir d’autres baisses dans les prochains mois, tout en restant prudent. Cette décision s’inscrit dans un contexte politique tendu, le président Donald Trump appelant à des baisses plus fortes pour stimuler l’économie et le marché immobilier.
Pour les investisseurs européens, cette baisse des taux américains a plusieurs conséquences concrètes. Un taux d’intérêt plus bas aux États-Unis rend le dollar moins attractif, ce qui peut faire monter l’euro : investir en zone euro peut alors sembler plus sûr. De plus, des taux plus faibles favorisent la Bourse et les actifs risqués. En revanche, il ne faut pas s’attendre à ce que la Banque centrale européenne reproduis immédiatement ce même mouvement : ses taux sont déjà bas, et son action reste guidée par la lutte contre l’inflation dans la zone euro. L’impact se jouera donc surtout à travers les marchés de change et la perception du risque par les investisseurs internationaux.

🐣 Startups françaises : comment vont-elles ?
Le paysage des startups françaises montre des signaux contrastés. Selon le baromètre EY/France Digitale, l’écosystème reste dynamique (+1 200 nouvelles entreprises en un an, +11,5 % d’emplois), mais la croissance ralentit et les levées de fonds se contractent. Dans le même temps, la Banque de France relève une amélioration notable de la rentabilité : quatre startups sur dix sont désormais à l’équilibre opérationnel, un signe que la discipline financière s’installe après des années de croissance à tout prix.
Pour l’investissement dans les startups, ces tendances redessinent les règles du jeu. Le capital-risque devient plus sélectif, ce qui favorise les projets déjà solides sur leur modèle économique, capables de générer des revenus rapidement. En parallèle, la raréfaction des financements en early stage risque de creuser l’écart entre jeunes pousses fragiles et scale-ups déjà établies. La montée en puissance des critères de rentabilité, combinée aux incertitudes fiscales, oblige donc à une approche plus stratégique, en identifiant les secteurs porteurs (fintech, logiciels, data).

🌱 L'inaction climatique va coûter (très) cher
La Cour des comptes alerte sur le retard français en matière de transition écologique. Dans son rapport publié cette semaine, elle rappelle que la neutralité carbone en 2050 exigera de doubler les investissements annuels, en passant de 110 à 220 milliards d’euros. Le statu quo coûterait bien plus cher : la Banque de France estime qu’en cas d’inaction, le pays pourrait perdre plus de 11 % de son PIB d’ici 2050. Pour les magistrats financiers, différer les efforts revient donc à alourdir la facture future, tant sur le plan climatique qu’économique.
L’enjeu dépasse largement les finances publiques. Doubler les investissements suppose une forte mobilisation du secteur privé, qui finance déjà près de 80 % de la transition. Cela signifie que de nombreux secteurs – énergie, infrastructures, immobilier, transport – devront être réorientés vers des modèles plus durables. À l’inverse, les activités qui ne s’adaptent pas s’exposeront à des risques croissants : coûts liés aux catastrophes climatiques, actifs dévalorisés, normes plus strictes. Ce rapport souligne donc que la transition n’est pas une option mais une condition de stabilité économique, et qu’elle façonnera durablement l’allocation des capitaux et la compétitivité des entreprises.

La transparence financière à tout prix ?
Donald Trump veut bouleverser une tradition vieille de 55 ans à Wall Street : remplacer les publications trimestrielles des résultats d’entreprises par un rythme semestriel. Objectif affiché : libérer les dirigeants de l'obsession du court terme et réduire les coûts de reporting. Les défenseurs du statu quo, dont certains grands investisseurs, y voient au contraire un risque de perte de visibilité et plus de volatilité sur les marchés. En Europe, la règle officielle est déjà semestrielle depuis 2013, mais la plupart des grandes entreprises continuent de publier chaque trimestre pour rester alignées sur les standards américains.
Ce débat dépasse largement la Bourse américaine. Lors du France Digital Day, où notre CEO Elisa Muntean intervenait, un constat s’est imposé : la transparence n’est pas qu’une affaire de fréquence, c’est une affaire de sens. Les startups comme les grands groupes doivent trouver l’équilibre entre "dire assez" pour inspirer confiance et éviter de s’enfermer dans un calendrier qui dicte leur stratégie. Trop de chiffres, trop souvent, et l’on perd de vue la vision. Trop peu, et la confiance s’effrite. La véritable transparence, c’est ce fil narratif qui relie une entreprise à ses investisseurs : expliquer où elle va, pourquoi elle fait ces choix, et comment elle compte y arriver.
Quoi de neuf sur les marchés ?
📊 Les marchés financiers ont enchaîné de nouveaux records cette semaine. La baisse des taux décidée par la FED a apporté un soutien bienvenu, tandis que l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle continue d’alimenter l’optimisme. Résultat : le moral des investisseurs atteint son plus haut niveau depuis plusieurs mois.
🤖 La technologie reste au cœur des débats. Si une majorité estime que les marchés sont désormais surévalués et que l’IA pourrait devenir une bulle, beaucoup considèrent aussi qu’elle aura des effets positifs à long terme, en stimulant la productivité et en pesant sur l’inflation. Les grands noms de la tech – les fameux “7 Magnifiques” – demeurent ainsi les paris les plus populaires en Bourse.
🇺🇸 Le lien entre Washington et la Silicon Valley s’affiche plus clairement que jamais. Donald Trump a profité d’un déplacement au Royaume-Uni pour lancer un “Tech Prosperity Deal” dans l’IA, le quantique et le nucléaire, entouré des patrons de Nvidia, Apple, OpenAI et Microsoft. Dans le même temps, les discussions avancent pour une reprise de TikTok par des investisseurs américains, Oracle pourrait en sortir gagnant, et Nvidia a pris une participation dans Intel. Tesla, de son côté, a annoncé un rachat massif d’actions, signe de confiance dans son avenir.