Revue de Presse

Inflation : quel impact sur l’immobilier ?

Rédigé par Victor Nivet
Inflation : quel impact sur l’immobilier ?

L’inflation : un niveau contrôlable ?

C’est la bête noire pour beaucoup, une véritable inconnue pour les plus jeunes qui fait écho à des décennies lointaines et révolues. Pourtant, l’inflation a bien fait son retour dans nos vies. Est-ce une mauvaise nouvelle ? Pas nécessairement.

Son retour était d’ailleurs prévisible. Après l’arrêt brutal des économies mondiales au printemps 2020 suite à l’épidémie de Covid-19, les liquidités débloquées par les banques centrales, les plans de soutiens publics et la reprise de l’activité, elle semblait inévitable.

Mais Ludovic Subran le précise d’emblée : “l’inflation couplée à de la croissance, ce n’est pas une mauvaise chose !”. Elle permet en effet de stimuler l’épargne qui, en son absence, dormirait sur les livrets classiques. L’excès d’épargne des Français est d’ailleurs largement concentrée sur les livrets réglementés et les dépôts à vue.

Le vrai risque : la stagflation ?

Si la consommation s’est drastiquement arrêtée durant plusieurs mois en 2020, la rémunération des ménages s’est pour la plupart maintenue durant la même période. Le chef économiste d’Allianz rappelle même que “durant plusieurs mois, la France comptait 14 millions de fonctionnaires grâce au chômage partiel”.

Selon notre expert, plus que l’inflation, c’est la stagflation qu’il faut éviter dans nos économies : c’est-à-dire une hausse de l’inflation accompagnée d’une récession. Certains signes tels que l’augmentation récente du prix du baril de pétrole à plus de 10 % pourrait le faire craindre.

Cependant, Ludovic Subran le rappelle : nos économies, notamment celle de la France, dispose d’atouts qui permettraient d’éviter cette situation. À commencer par l’épargne dite “Covid”.

La pierre est-elle toujours une valeur refuge ?

Actuellement, 60 % de l’épargne des Français reste concentrée sur des comptes courants et leur fait perdre des milliards d’euros chaque année, malgré une hausse du taux d’intérêt du Livret A à 1 % le 1er février dernier. Les ménages vont donc devoir se tourner vers des solutions qui protègent de l’inflation.

En France, l’immobilier est en une à de nombreux titres. Le foncier reste l’actif préféré des Français, et pour cause. La première récession de 2020 n’a en effet pas entraîné de contraction du marché immobilier. Au contraire, la valeur sociale de la pierre s’est renforcée du fait des différents confinements et c’est une fuite vers le premium qui s’est confirmée.

L’immobilier a donc depuis plus de 2 ans conservé son statut de rempart contre l’inflation malgré une hausse du ticket d’entrée constante.

2022 : qu’attendre du marché ?

Pour autant, la demande en 2022 pourrait être freinée par plusieurs facteurs. À ce jour, aucune remontée massive des taux d’intérêts n’est envisagée. Toutefois, Ludovic Subran rappelle que les banques commencent à raffermir les exigences des emprunteurs, sur l’apport, le taux d’effort ou le risque de crédit par exemple.

Ce qui peut ralentir la demande en 2022, c’est l’attentisme” explique notre expert. Face à une confiance vacillante, particuliers comme professionnels risquent d’attendre. Conséquence : un réajustement modéré du marché est à prévoir.

L’inflation : à qui profite-t-elle ?

Faut-il espérer une spirale vertueuse de l’inflation qui profiterait aux emprunteurs ? Avec des taux encore historiquement très bas et qui pourraient rester à des niveaux contenus, face à une inflation qui elle, pourrait s’installer, l’immobilier s’affirme une nouvelle fois comme une solution d’investissement efficace.

Un calcul qui ne fonctionne qu’en période de croissance. Si l’inflation perdure, c’est une bonne nouvelle pour ceux ayant déjà acheté. Si elle est accompagnée de croissance, ça l’est aussi pour les futurs acquéreurs et l’ensemble du secteur. En cause, une confiance dans l’avenir, une augmentation des salaires, une poursuite de l’activité. Et donc une fuite en avant vertueuse.

Le vrai sujet aujourd’hui est de préserver la croissance, on est loin du terrain de la récession” précise même Ludovic Subran.

Quelles solutions pour maintenir l’immobilier ?

On l’aura compris : la situation actuelle, en misant sur la confiance maintenue des acteurs, devrait permettre à l’immobilier de conserver son rôle de rempart.

Pour autant, l’expert s’interroge sur les quelques solutions à envisager pour “maintenir le statu quo”. Parmi elles, l’éventuelle défiscalisation des loyers d’entreprises en cette période de crise. Les pouvoirs publics ayant largement subventionné l’économie au cours des deux dernières années, les hypothèses interventionnistes sont à ce jour réalistes.

Surtout, Ludovic Subran admet qu’il faut encourager la financiarisation des produits immobiliers, un mouvement loin d’être terminé. Aux intermédiaires de l’épargne de continuer à se réinventer. Aux professionnels de s’interroger sur la qualité des actifs immobiliers. Un renouvellement et notamment un verdissement du parc actuel qui pourra passer par la démocratisation de solutions, à l’image du crowdfunding immobilier.

Peut-on comparer la crise immobilière des années 1990 à la situation de 2022 ?

Dans le secteur immobilier, beaucoup ont en tête la crise des années 1990 qui avait à l’époque durement touché le secteur de la pierre. Pour autant, Ludovic Subran n’adhère pas au parallèle, pour plusieurs raisons.

Certes, la guerre du Golfe a déclenché à l’époque des soubresauts économiques. Pour autant, la situation de l’épargne privée est aujourd’hui bien meilleure qu’à l’époque. Autre facteur différenciant : la population en 2022 est plus vieillissante que dans les années 1990 avec conséquence directe une baisse de la consommation et donc une tension moindre sur l’économie.

En outre, la question énergétique n’est plus la même : désormais, des alternatives au pétrole existent. Elles ne portent en effet pas encore leurs fruits, en témoignent les prix à la pompe. Pour autant, la transition énergétique engagée est de nature à donner de la confiance aux ménages. De quoi faire naître également au sein des pouvoirs publics une volonté d’accélération sur les budgets consacrés à au renouvelable avec en ligne de mire une indépendance énergétique avancée.

Abonnez-vous à la newsletter