Les banques ne peuvent pas financer toutes les PME
« Quand on est une jeune PME en France, il est souvent difficile de trouver des fonds en dehors du capital risque » reconnaît Didier Chappet. Parmi les raisons qui effraient les banques, l’absence de track record et le caractère jugé « trop innovant » de ces PME. « Les critères d’éligibilité mis en place par les grandes banques sont d’une extrême rigueur et permettent rarement à une entreprise d’emprunter sans antécédent solide ». Quant à l’émission d’obligations, elle est quasiment impossible pour des financements de moins de 250 000 euros pour des raisons de coûts.
Pour autant, Didier Chappet rappelle qu’une fois la confiance installée, les banques françaises n’hésitent pas à s’engager, et souvent même plus que leurs consœurs européennes. « Tout le monde a été petit avant d’être grand. Les banques françaises cherchent les gazelles, mais le troupeau est trop grand pour toutes les financer ». Didier Chappet voit dans le crowdfunding en obligations un levier de croissance intéressant pour les PME… à deux conditions.
Le crowdfunding en obligations oui, mais à deux conditions
Pour notre expert en crédit, deux conditions sont nécessaires au bon fonctionnement du crowdunding en obligations. D’abord, la transparence vis-à-vis des nouveaux investisseurs non-professionnels, qui doivent savoir que le risque existe, comme pour tout placement spéculatif. Ensuite, une sélection rigoureuse de la part des plateformes pour limiter les risques encourus. « Le profil type d’une société éligible au crowdfunding en obligations est une PME innovante ou trop petite pour intéresser les banques, qui a une histoire à raconter et qui a reçu le blanc-seing des analystes des plateformes de crowdfunding ».
Un modèle de financement complémentaire des banques
Ces conditions réunies, des plateformes comme ClubFunding sont appelées à jouer un rôle central en France dans les années à venir. « Un développement qui ne se fera pas sans le secteur bancaire ». Didier Chappet décrit en effet un modèle gagnant-gagnant qui accompagne les différentes étapes du financement des PME. « Les plateformes de crowdfunding serviront de fonds d’amorçage au financement bancaire et les banques leur enverront les entreprises dont elles ne peuvent financer l’emprunt. A terme, les entreprises pourront faire appel simultanément à ces deux catégories de prêteurs ». Il imagine ainsi qu’une quinzaine de plateformes de crowdfunding (en obligations ou non) se développeront bientôt en France, dont une dizaine en partenariat avec des banques. « Le besoin en financement est partout et le crowdfunding est un maillon de plus dans la chaîne ». Avant de conclure avec un certain pragmatisme : « laissons d’abord le crowdfunding porter ses fruits : la richesse ne se partage qu’une fois créée ».
